L'ibis sacré en France, l'oiseau de la discorde
AFP
07.12.2005 - 14:56
Echappés d'un parc animalier du Morbihan, des ibis sacrés ont peu à peu colonisé la côte atlantique dans les années 1990, mettant en danger des espèces d'oiseaux autochtones plus rares et poussant ainsi certains spécialistes à préconiser leur éradication.
Originaire d'Afrique sub-saharienne, l'ibis sacré (ou Threskiornis aethiopicus), cousin de la spatule, a été introduit à partir de 1975 dans le parc de Branféré (Morbihan), où il a été laissé en totale liberté.
"La philosophie des propriétaires de l'époque était de laisser un maximum de liberté aux animaux, notamment aux oiseaux", ce qui aujourd'hui est devenu illégal pour les espèces exotiques, rappelle Jean-Luc Budex, l'un des responsables du parc.
Affectionnant les zones humides, la vingtaine de volatiles introduits s'est reproduite dès la première année, se nourrissant notamment sur le lac de Grand Lieu (Loire-Atlantique) et dans le golfe du Morbihan où ils sont allés établir peu à peu de premières colonies, explique Yves Philippot, le directeur animalier de Branféré.
Aujourd'hui, on compte, selon les spécialistes, quelque 3.000 ibis sacrés répartis sur 17 départements français, notamment en Loire-Atlantique, en Vendée et dans le Morbihan. Mais on en trouve également dans le sud et dans l'est de la France, où quelques couples se seraient également échappés de parcs zoologiques comme celui de Sigean (Aude) dans les années 1990.
Dès cette époque, les ornithologues tirent la sonnette d'alarme auprès des autorités : des cas de prédation par l'ibis ont été repérés sur des nichées de cormorans, de sternes de Dougall ou encore de guifettes, notamment sur le lac de Grand Lieu. Or, ces deux dernières espèces d'oiseaux marins sont très rares en France.
"On ne peut pas dire que les ibis soient la cause première des problèmes que rencontrent ces oiseaux, mais ils constituent assurément un facteur aggravant", souligne Guillaume Gélinaud, le directeur de la réserve naturelle des marais de Séné, sur le golfe du Morbihan.
Du fait de son nomadisme et de son régime alimentaire éclectique (l'ibis ne répugne pas à visiter les décharges publiques et les fosses à lisier), cet animal est désormais considéré comme une "espèce exotique envahissante" potentiellement dangereuse pour la biodiversité, selon un rapport co-écrit par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et l'Inra, remis au ministère de l'Ecologie en mars.
Le ministère doit se prononcer prochainement sur l'action à entreprendre, sur la base de ce document ainsi que d'un avis du Conseil national de la protection de la nature qui lui a été remis le 22 novembre.
Si M. Gélinaud préconise l'éradication pure et simple de l'espèce "par mesure de précaution", certains responsables de la Ligne de protection des oiseaux se prononcent plutôt pour la stérilisation des oeufs afin de limiter la reproduction de l'espèce.
Vénéré par les anciens Egyptiens sous la forme du dieu Thôt, cet oiseau chauve au bec courbe reste cependant très apprécié du grand public, ignorant des dangers qu'il peut représenter pour la biodiversité, comme le montre un sondage publié dans le rapport de l'Inra et de l'ONCFS.
Au Tour-du-Parc, petite commune morbihanaise où une colonie d'ibis a élu domicile, le volatile a même ses fervents adeptes, puisqu'entre l'impasse des Aigrettes et le chemin des Sternes, on trouve... la rue des Ibis.
Ecrire votre commentaire
Vous devez vous connecter pour pouvoir ajouter un commentaire.